Cérémonies du 11 Novembre

Retrouvez ci-après le discours de Jacques Krabal, Maire de Château-Thierry prononcé à l’occasion des cérémonies du 11 Novembre 2011.

Monsieur le Sous-Préfet,

Monsieur le Président du comité de Château-Thierry de la Société d’Entraide des membres de la Légion d’Honneur, Cher François Alvoët,

Monsieur le Président du Comité d’Entente, Cher Michel Léon,

Monsieur le Président du Souvenir Français, Cher Gilles Lagroue,

Monsieur le Président de la Croix-Rouge, Cher Didier Plaquet,

Mesdames et Messieurs les Anciens Combattants et Porte-drapeaux,

Mesdames et Messieurs les Présidents d’Associations d’Anciens Combattants,

Monsieur le Commandant du Commissariat de Police, Cher Louis Vitone,

Monsieur le Commandant de la Gendarmerie Nationale de Château-Thierry, Cher Capitaine Leleux,

Monsieur le Commandant du Centre de Secours, Cher Capitaine Lebrun,

Monsieur le Surintendant du Cimetière de Belleau, Cher David Atkinson,

Monsieur le Président de l’Union Musicale, Cher Frédéric Jacquesson,

Mesdames et Messieurs les Enseignants,

Mesdames et Messieurs les Elus, Chers Collègues,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

« Il est plus facile de faire la guerre que la paix », déclarait Georges Clémenceau. Oui, c’est plus facile. Plus facile de rejeter l’autre que de l’accepter comme il est, de se replier sur soi que de s’ouvrir au monde, plus facile de détruire que de construire.

Pour autant, nous sommes là ce matin, comme nous l’avons été dans la nuit du 31 octobre, lors du transfert de la Flamme Sacrée, de Paris à Verdun. Nous sommes présents pour accomplir notre devoir de mémoire, jouer notre rôle d’artisans de la paix. Et comme tout artisan, c’est 100 fois sur le métier que nous remettons notre ouvrage et que nous le remettrons, inlassablement, pour les générations futures.

Je tiens à remercier tout particulièrement celles et ceux qui ont participé à cette nuit de la Flamme Sacrée. Vous me permettrez de les nommer.

Merci à Bernard Marliot, à Monique Vandenberghe, à Michel Léon. Merci à messieurs Bichet, Cary, Lagroue, à monsieur Macquart, aux porte-drapeaux, mademoiselle Rouyer, messieurs Leclercq, Szczerda, Saïd, Lequère, Millereau et monsieur Lefranc, sous la conduite de Georges Pottier. Enfin, merci à monsieur Martin, madame Saïd et les représentants de la Flamme Sacrée. Oui, nous étions là, dans la nuit et le froid, dans l’attente des responsables de l’association et des jeunes sportifs, portant cette Flamme qu’ils sont allés allumer à l’Arc de Triomphe, auprès du tombeau du Soldat Inconnu. Cette flamme à elle seule symbolise l’espoir d’une lumière pour tous, mais aussi le souvenir de tous ceux qui ont perdu la vie pour notre liberté. Quelle grande et belle idée, ce parcours enflammé de l’Arc de Triomphe à Verdun. Cette flamme, hommage à nos fils, nous la devons à Gabriel Boissy : lui-même ancien combattant, il a voulu que le Soldat Inconnu ne soit jamais oublié. C’est par son action que la Flamme du Souvenir a été allumée le 11 novembre 1923, à 18 heures. Depuis, cette Flamme est ravivée et transportée sous la forme d’un relais pédestre, entre le 1er et le 11 novembre. L’an prochain, nous nous engageons à accompagner cet engagement sportif et citoyen.

A la suite de ce premier rendez-vous commémoratif, nous nous sommes retrouvés hier soir pour l’opération Allumons les flammes de l’espoir. Là encore, le devoir de mémoire prend son sens : des jeunes, écoliers, collégiens, lycéens, élèves du lycée Saint-Joseph, avec leurs professeurs et leur directeur, se sont rendus sur les sépultures des combattants, ils ont pris le temps de comprendre ce que signifie la mort des hommes au combat, le sacrifice de générations sous l’emprise de la barbarie humaine. Futurs citoyens, ces adolescents sauront, dans leur vie d’adulte, discerner les valeurs justes et apporter leur pierre à l’édifice de la paix. Je remercie leurs parents et leurs professeurs de les guider dans cette construction de leur citoyenneté. Citoyens du monde, plus encore que d’un pays ou d’un autre.

Ce matin, 93 ans après la fin des combats, nous nous réunissons, pour nous souvenir et pour avancer. Nous souvenir d’une guerre qui a fait 9 millions de victimes, 8 millions d’invalides et qui a causé la ruine des pays européens. Nous souvenir que la France a perdu 1,4 million de ses enfants. Château-Thierry aussi a perdu des enfants durant la Grande Guerre et il est de notre devoir d’honorer leur mémoire. C’est pourquoi nous accordons une attention toute particulière au cimetière militaire de notre ville, à l’intérieur même du cimetière civil. Nous avons entrepris la remise en état de ce lieu de mémoire individuelle mais aussi de mémoire collective. Et, prochainement, avec le concours de l’ONAC et de son directeur, Benoît Odelot, nous procèderons au remplacement des 17 croix, en mauvais état, et à la valorisation de ce carré militaire, emblématique des combattants de Château-Thierry, morts pour la France.

Se souvenir, honorer la mémoire de ceux qui sont morts pour nous, c’est aussi bâtir un monde en paix, c’est donner du liant, du sens et de la cohésion aux citoyens. Ainsi, à Château-Thierry, nous œuvrons pour la mémoire collective. Nous le faisons depuis quelques jours, au SILO, avec la magnifique exposition consacrée à l’œuvre d’Achille Jacopin. Cette rétrospective n’est pas due au hasard : non seulement Achille Jacopin est l’un des plus grands artistes que notre ville ait comptés, mais il a aussi réalisé un grand nombre de Monuments aux Morts, ici, à Château-Thierry, et dans le quart Nord-Ouest de la France. Nous étions ce matin face aux monuments qu’Achille Jacopin a réalisés : le linceul, à la nécropole des Chesneaux, évoque l’épais manteau de neige qui recouvre le corps d’un grognard de l’armée napoléonienne lors de la retraite de Russie, en 1812. Place Paul Doumer, le Monument aux Morts a été inauguré le 11 novembre 1937. Il est aussi l’œuvre d’Achille Jacopin. Pendant la grande guerre, Jean de la Fontaine a lui aussi été blessé, amputé de sa jambe gauche. Nous devons au sculpteur une intervention qui a permis de rendre son intégrité à la statue.

Vous pouvez admirer, près de moi, la photo d’un de ces monuments. Nous devons cette présentation de son travail à de jeunes artistes locaux, les membres de l’association Grains de Sels. Je salue la présence parmi nous de David Rase, l’un des photographes. C’est une transmission dont ils témoignent, celle de l’appropriation du patrimoine par les plus jeunes.

Cette transmission, c’est aussi celle de la mémoire. A la demande d’une Castelthéodoricienne, Carmen Girondin, nous avons fait inscrire le nom de son aïeul sur le Monument aux Morts. Mort pour la France, le soldat brancardier Auguste Doffin était un enfant de Château-Thierry. Désormais, son nom est gravé dans le marbre, pour que les générations futures n’oublient pas son sacrifice, comme elles doivent connaître celui de toutes les victimes des combats.

Comme Auguste Doffin, Lucien Vincent est tombé au combat, à l’âge de 19 ans. Il était né le 20 août 1895, il est tombé au front le 2 juillet 1915, à Bagatelle, dans la Marne. Ses parents habitaient au numéro 5 de la rue du Château, tout près de nous. Nous lui rendons hommage ce matin, en plaçant son portrait et ses décorations militaires dans le hall de l’Hôtel de Ville, aux côtés des honneurs rendus à Quentin Roosevelt. Les 2 jeunes hommes ont connu des destinées différentes, l’un était fils du Président des Etats-Unis, l’autre fils d’un cheminot de Château-Thierry. Mais tous 2 sont morts, très jeunes, pour la paix et la liberté, pour la France et pour le monde.

Je voudrais remercier Joëlle François, une de nos collaboratrices. C’est elle qui a trouvé les documents relatifs à Lucien Vincent et qui nous a proposé d’évoquer la mémoire de ce garçon, mort sans avoir laissé de famille.

Ça aussi, c’est un signe de la cohérence de notre action et de notre volonté de donner du sens. Joëlle tenait à ce qu’un hommage soit rendu à ce soldat, qui aurait dû mener une vie paisible à Château-Thierry et dont nous aurions pu connaître les descendants. La guerre, la haine des hommes en ont décidé autrement.

Nous sommes ici pour nous souvenir aussi que la tuerie a pris fin grâce à l’intervention des Américains, qui ont payé de leur vie la paix et la liberté du monde. En Europe, France et Belgique, 110 000 soldats américains sont morts pendant la Première Guerre Mondiale. Nous honorons la mémoire de 11 774 d’entre eux, dans le département de l’Aisne, par les cimetières de Belleau et de Seringes-et-Nesles.

Sans eux, les choses eussent été plus terribles encore, la paix eût tardé à venir. Or, pourquoi sont-ils venus sur le Vieux Continent ? Et bien, parmi les raisons, la loyauté, la reconnaissance et l’amitié ne sont pas des moindres. En 1781, lorsque l’Amérique se bat pour devenir indépendante, les troupes françaises sont présentes à ses côtés pour l’aider dans cette lutte. Sur le Monument aux Morts de Yorktown, lieu d’une des grandes batailles de l’indépendance, figurent des noms français. J’en citerai un : Jacques-François Papelard, du régiment d’Agenois, né à Château-Thierry, mort le 13 octobre 1781, à Williamsburg.

J’ai assisté récemment à la conférence organisée par Alain Grumelart et l’association Historium, « de Yorktown à Belleau » et je tiens à le remercier de cette action qu’il mène, lui aussi, en direction de la meilleure connaissance de notre histoire et avant tout pour la paix.

Oui, les liens qui nous unissent aux Etats-Unis remontent loin dans le temps, ils se sont renforcés au fil des siècles, lors d’événements majeurs pour l’un ou l’autre pays. Château-Thierry a toujours tenu une place centrale dans cette amitié et la ville continue de consolider ce lien. Ainsi, demain, nous accueillons les membres de la fondation du mémorial de la Ferme de la Croix-Rouge : après l’inauguration de la statue commémorant le sacrifice des soldats américains, la délégation a souhaité venir à Château-Thierry pour tout ce que représente notre ville dans cette amitié entre nos deux pays, nos deux continents, pour l’amitié entre les peuples. Ce sera un moment de convivialité tout autant que d’échange et de réflexion sur la suite de nos projets conjoints.

L’amitié entre les peuples, le respect des autres, qui qu’ils soient, nous devons tous y œuvrer si nous voulons enrayer la spirale haineuse de ces temps de crise. Oui, nous traversons des périodes compliquées, la situation économique, financière et sociale ne cesse de s’aggraver. Face à ce risque de dislocation du lien social, nous devons tout faire pour lutter contre le repli sur soi, la régression, cet autre type de crise. Et la guerre, toutes les guerres, sont bien les pires des régressions, l’échec de toutes les formes de relations humaines. La crise, tant économique que morale et sociétale, ne pourra se résoudre que si nous revenons à des notions élémentaires de solidarité, si nous savons faire renaître un lien fort de cohésion.

Ces liens, l’Europe permet de les assurer. La volonté des pères fondateurs, celle d’une Europe unie, nous permet de vivre la paix depuis près de 70 ans, entre les Etats européens. Une paix qui doit s’accompagner d’un projet global, un projet humain avant tout et qui intègre les dimensions économiques et sociales. C’est uniquement de cette façon que nous porterons plus haut et plus loin les valeurs de paix. Nous devons continuer de construire une Europe unie, au niveau économique, monétaire, fiscal et social.

Si nous voulons un monde en paix, un monde humain et juste, il nous faut revenir aux fondamentaux de la République, en porter les valeurs et ne pas les bafouer. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas que des mots, ce sont avant tout des règles de vie que nous devons respecter et mettre en application jour après jour pour que notre société ne régresse pas vers des dérives obscures, mais qu’elle progresse vers la lumière.

Vive la paix, vive la République !

Vive la France !

Vive le sud de l’Aisne !

Vive Château-Thierry !

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